Ticad : l’engagement fort du Japon, Macky Sall réclame un “changement de mentalités”

Le Japon a promis « une étroite collaboration » avec l’Afrique, afin d’y promouvoir une économie « plus résiliente » face aux crises et épidémies, et davantage de « sécurité » sur un continent miné par guerres et terrorisme, lors d’un sommet à Tunis.
 
Le Premier ministre japonais Fumio Kishida a jugé indispensable de « remédier à une injustice historique » pour que l’Afrique obtienne un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et le Japon, a-t-il dit, poussera dans cette direction quand il y sera un membre non permanent en 2023-2024.

 
Le Japon entend « créer un environnement où le peuple africain pourra vivre en paix et sécurité afin de pouvoir se développer », a expliqué M. Kishida, en visioconférence depuis Tokyo, parce que positif au Covid-19.
 
Cette thématique a été longuement développée par le président sénégalais et président en exercice de l’Union africaine (UA) Macky Sall, réclamant que « les mentalités changent ».
 
« Ce qui nous déstabilise et nous empêche de nous développer doit être pris en compte par le Conseil de sécurité dont c’est la mission », a ajouté M. Sall. « L’Afrique est le ventre mou du terrorisme international », « il faut une réponse globale », a-t-il plaidé.
 
– « Paix et sécurité » –
Soulignant devant la presse que certains pays d’Afrique de l’Ouest « consacrent 30% de leur budget à la lutte contre le terrorisme », M. Sall a plaidé pour que « ces nouvelles charges » pour les armées africaines « soient sorties du calcul du déficit ». Il a appelé en outre les bailleurs de fonds à contribuer au Fonds de l’UA pour la paix.
 
Près de 20 chefs d’Etat et de gouvernement africains ont assisté à Tunis au 8e sommet Ticad (Tokyo International Conference for African Development) qui a rassemblé samedi et dimanche 5.000 participants conviés aussi à un forum d’entrepreneurs et à des conférences parallèles.
 
Le Japon, qui a annoncé samedi l’octroi de 30 milliards de dollars de fonds privés et publics à l’Afrique sur trois ans, a prévu un volet « paix et sécurité » pour la formation de policiers, l’aide à l’organisation d’élections, le contrôle des frontières.
 
Une aide concrète de 8,3 millions de dollars sera notamment allouée à la région sahélienne du Liptako-Gourma, à cheval sur Mali, Burkina-Faso et Niger, dévastée par des attaques jihadistes.
 
Le Japon a aussi décidé de nommer un ambassadeur pour la Corne de l’Afrique, où « la situation se dégrade », a noté M. Kishida, avec un afflux de réfugiés et des pénuries alimentaires.

 
« Le continent africain continue de souffrir, on y a vu des actes répétés de violence. Tristement en Libye, la situation s’est enflammée de nouveau hier », a abondé devant les médias le président tunisien Kais Saied, hôte du sommet.
 
Comme Macky Sall, M. Saied a réclamé « une nouvelle approche » internationale pour l’aide au développement à l’Afrique, pour les pays très endettés (comme la Tunisie) et à transformer « les dettes en investissements ».
 
– « Accompagner la relance » –
Il a regretté l’émigration des ressources humaines du Sud vers le Nord, après un « pillage » des ressources des pays africains, « de l’extérieur et de l’intérieur du fait souvent de leurs propres dirigeants ».
 
M. Sall a évoqué « un rééchelonnement ou effacement des dettes » et réitéré la demande africaine d’une « réallocation de droits de tirage spéciaux » du FMI, et « la mise en oeuvre de la suspension du service de la dette » (remboursement des intérêts) promise par le G20, groupement des 20 premières économies mondiales.
 
« Face à la double crise que nous traversons », sous l’effet du Covid et de la guerre en Ukraine, il a jugé ces mesures nécessaires « pour accompagner la relance de nos économies ».
 
La Déclaration de Tunis, adoptée dimanche, a exprimé une « profonde inquiétude » face à l’impact de la guerre en Ukraine qui a « créé une insécurité alimentaire en Afrique ». Les dirigeants y appellent à « une reprise des exportations de céréales, produits agricoles et engrais » vers l’Afrique.
 
La Déclaration reprend les trois grands axes de coopération du Japon avec l’Afrique: une accélération de la croissance avec des investissements dans l’économie verte et les starts-ups, une « économie résiliente » avec un soutien à la production de médicaments et vaccins et la sécurité alimentaire et « la paix et la sécurité » en soutenant les médiations et la prévention des conflits.

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