Elections législatives 2022 : Les gagnants et les grands perdants du scrutin

La matinée pluvieuse du dimanche 31 juillet 2022, a finalement été le signe avant-coureur d’un tsunami électoral plutôt favorable à l’inter-coalition Yewwi-Wallu qui a ratissé large dans plusieurs départements du Sénégal. Si certains acteurs politiques, novices ou vieux routiers de l’opposition comme de la mouvance présidentielle, ont pu surfer sur la vague, d’autres ont été totalement submergés pour plusieurs raisons. Seneweb vous livre la short-liste des tops et des flops de ce scrutin plein de surprises.

Les tops

Babacar Abba Mbaye, le nouveau ‘’commandant’’ de la légion nord


Son triomphe ne pouvait être modeste à la tombée des résultats au département de Saint-Louis car la victoire, durement acquise, vaut son pesant d’or. En effet, l’élection de Babacar Abba Mbaye sur la départementale de Saint-Louis a été déterminante pour l’inter-coalition Yewwi-Wallu qui a réussi, grâce à cette percée, à mettre la mouvance présidentielle dans une posture de majorité inconfortable. De 125 sièges lors de la 13e législature, Bby se retrouve avec 82 députés donc en deçà des 83 sièges requis pour une majorité absolue.

Après un essai infructueux lors des dernières élections locales du 23 janvier 2022, la deuxième manche a donc tourné à l’avantage de la nouvelle figure montante de l’opposition à Saint-Louis, Babacar Abba Mbaye qui a désormais voix au chapitre.

Déthié Fall, ‘’The special one’’!


Si s’était sur le rectangle vert, José Mourinho ne serait pas peu fier de voir Déthié Fall porter son légendaire surnom : « The special one ». Le mandataire de la coalition Yewwi Askan wi a sorti un tour assez spécial dans son sac. « Le plan Déthié Fall » sera sans doute inscrit à jamais dans les annales politiques du Sénégal. Et pour cause ! Concocté au moment où la coalition Yewwi Askan wi faisait face à une fronde suite aux investitures mouvementées sur les listes électorales, l’ancien Rewmiste réussit in extrémis à rapprocher les deux blocs de l’opposition. Une donne qui n’était pas dans les calculs du régime qui espérait  profiter de l’émiettement de l’opposition pour remporter le « raw gadou » (scrutin majoritaire) au niveau des départements.

Consistant à une jonction des forces au niveau départemental, le Plan Déthié Fall a fait mouche puisque l’inter-coalition Yewwi-Wallu a renversé la tendance dans plusieurs départements jadis bastions électorales de Bby. Cette dernière a finalement perdu du terrain au profit de l’inter-coalition qui est presque à égalité aux nombres de sièges : 82 sièges (Bby) contre 80 (Yewwi-Wallu).

Coaching gagnant pour Déthié Fall.

Guy Marius Sagna : activiste-rebelle, politicien modèle


A Ziguinchor, Guy Marius Sagna était en terrain déjà conquis par l’opposition notamment par l’inter-coalition Yewwi-Wallu dont il est la tête de liste départementale. Donc il n’y avait pas match même si le camp d’en face croyait dur aux chances de Victorine Ndèye de rompre la malédiction électorale au Sud. Le scrutin a été juste une formalité pour l’activiste-rebelle qui n’avait pas à faire d’effort pour surfer sur la vague victorieuse du nouveau maire de Ziguinchor et chef incontesté de l’opposition, Ousmane Sonko.

Mais ce qui a marqué les esprits c’est sans doute la courtoisie dans l’adversité qui a été notée dans les échanges entre les deux têtes de listes opposés : Guy Marius Sagna (Yewwi-Wallu) et Victorine Ndèye (BBY). Le débat de haute facture et dans la civilité qu’ils ont proposé aux sénégalais lors de la campagne, a vivement été salué. Un exemple de démocratie de débat qui rompt avec la violence à laquelle les politiciens ont habitué les sénégalais.

Pape Djibril Fall, l’ascension fulgurante


Au Sénégal, les hommes de médias et journalistes en particulier, ont apparemment la cote en politique. Après Ndoye Bane (maire de Pire), Ahmed Aïdara (maire de Guédiawaye) et Amadou Bâ (ancien dirpub de l’As et maire de Missirah), Pape Djibril Fall vient de confirmer la règle en réussissant, après son entrée par effraction en politique, à être élu député. La tête de liste nationale des Serviteurs/Mpr, a fait sensation dès sa première participation. En titillant de vieux briscards de la politique comme Pape Diop et Bokk gis-gis et Thierno Alassane Sall de Aar Sénégal, le jeune journaliste a bien de quoi être fier.

Sorti du Cesti il y a moins de 10 ans, Fall a eu une ascension fulgurante. Après avoir bourlingué quelques années dans la communication, il a par la suite fréquenté la 2stv puis débauché par Tfm où ses chroniques étaient courues à Jakaarlo bi…Le voilà devenu député et faiseur de roi courtisé aussi bien par le pouvoir que l’opposition.

Oumar Sy (tête de liste suppléants Yaw), l’art de vaincre sans péril


Devenu titulaire par la grâce du Conseil Constitutionnel, Oumar Sy, ce jeune frère de Habib Sy à la tête de la liste nationale des suppléants de Yewwi Askan wi a été propulsé sans difficulté. Tête de liste nationale par défaut suite à l’invalidation de la liste des titulaires dirigées par Ousmane Sonko, le natif de Linguère est certes un Ovni en politique puisqu’il n’a ni l’envergure ni l’aura de son alter égo de maire de Ziguinchor, mais peut à juste titre s’enorgueillir de son Cv.

Il a, en effet, le profil type du parlementaire modèle. Cadre de l’aviation civile, chef du Service Formation et certification à la direction de la sûreté et facilitation à l’Anacim, Oumar Sy est également instructeur certifié Oaci en Sûreté de l’aviation civile. Il est titulaire d’un Master 2 en Cycle de passation des Marchés publics de l’université de Laval (Québec, Canada) et d’un Dea en sociologie des Organisations de l’université Paris-Dauphine.

Les Flops

Idy : l’éternelle disgrâce


Sa déroute est sans doute la plus cuisante, tant elle semble sonner le glas d’une longue et sinueuse carrière politique.  Pourtant, le président Macky Sall lui avait clairement défini la mission : reconquérir Thiès. La tâche paraissait du reste assez simple pour celui qui fût, jusqu’à un passé très récent, le Prince du Kayor. Mais force est de reconnaître, à l’issue de ce scrutin, que le Damel en herbe a définitivement perdu son trône. Thiès a, en effet, tourné le dos à son ex maire, Idrissa Seck qui ne fait que dégringoler dans la capitale du rail depuis son « entrisme » dans le Macky.

Après avoir essuyé des huées suite à son vote lors des dernières élections locales du 23 janvier 2022, le Rewmiste en chef a encore reçu une sévère claque des Thiessois qui n’ont visiblement pas du tout aimé son alliance avec le président Macky Sall. Au département de Thiès où il avait la charge d’impulser la dynamique unitaire dans la coalition Benno Bokk Yakaar pour une victoire éclatante au soir du 31 juillet 2022, les chiffres issus des urnes témoignent d’un cinglant revers. Les résultats provisoires au niveau départemental donnent Yewwi vainqueur avec 83 960 voix contre 69 279 voix pour Benno.

Une seconde débâcle, après celle des locales, qui semble indiquer que le « Mbourok soow » a perdu son onctuosité.

Mansour Faye, la rançon de l’arrogance

Autre département, autre revers. A Saint-Louis, ancien bastion de Benno Bokk Yakaar tombé dans l’escarcelle de l’inter-coalition Yewwi-Wallu, la défaite du beau-frère du président de la République, Mansour Faye qui régnait en maître, a créé la surprise. Récemment réélu maire de l’ancienne capitale coloniale, malgré toutes les contestations charriées par son esprit belliqueux et son arrogance décriés par les Saint-Louisiens, le ministre des Transports était loin de se douter que la revanche de l’opposition serait aussi désarçonnante.

La tête de liste départementale de Benno Bokk Yakaar a été emportée par la déferlante Yewwi Askan Wi portée par un second couteau de Khalifa Sall, Babacar Abba Mbaye qui a réussi à arracher Saint-Louis des mains du pouvoir. Cette prouesse, le khalifiste le doit en partie au ralliement de l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Mary Teuw Niane qui a, plus ou moins, pesé sur la balance. Mais également aux scandales qui ont braqué les projecteurs sur le beau-frère du président.

Le tollé déclenché par le reportage de BBC sur la grosse ferme de la fille du ministre et le procès en diffamation qui s’en est suivi contre l’activiste Gas El Salvador, pour ne citer que ces deux dossiers, ont également participé à faire pencher la balance au grand bonheur de l’opposition.

TAS, un poids plume électoral


Du côté de la coalition Aar Sénégal, le verdict des urnes a complètement déjoué les pronostics les plus favorables. Perçu comme la troisième voie qui allait créer la surprise, Aar Sénégal a fait pschitt. Tout comme sa tête de liste nationale, Thierno Alassane Sall (TAS) qui enchaîne les revers.

Jouissant d’un grand estime auprès des Sénégalais après sa sortie fracassante du gouvernement claquant la porte après avoir refusé la cession d’un gisement de pétrole au groupe français Total, TAS n’arrive toujours pas à récolter les dividendes de sa loyauté envers le peuple.

Après avoir été recalé à l’étape du parrainage lors de la présidentielle de 2019, puis défait aux locales du 23 janvier dernier à Thiès, TAS et sa forte coalition devront se consoler avec un seul siège à l’assemblée nationale au même titre que le novice politique, Pape Djibril Fall. Preuve qu’il ne boxe toujours pas dans la cour des grands…même s’il semble avoir le gabarit requis.

Mansour Sy Djamil, le reniement fatal


C’est sans doute le flop des flops ! Serigne Mansour Sy Djamil n’était pas candidat, mais son appel à voter Benno Bokk Yakaar a tenu en haleine l’opinion pendant plusieurs jours. Tellement personne ne s’y attendait, surtout venant d’un des députés de l’opposition les plus critiques avec le président Macky Sall et sa coalition BBY qu’il ne ratait jamais dans ses sorties. Ses véhémentes diatribes qui retentissent encore à l’hémicycle, refont surface dans les réseaux sociaux.

Ses bisbilles avec la coalition Yewwi Askan wi lors des très contestées investitures étaient connues. Cependant, pour certains, comme Aïda Sopi Niang membre-fondatrice de Bës Du Niak, elles (ces bisbilles) ne sauraient en aucun cas servir de motif pour justifier un quelconque reniement.

« Face à l’histoire et à ma vision de la politique, je suis au regret de ne pas agréer cette décision du parti de rejoindre BBY. Je choisis de le dire publiquement afin que nul n’en ignore. Ceci entre dans le cadre de mon droit à me tracer une voie en parfait accord avec mes convictions idéologiques de gauche et ma posture de combattante des droits de la femme et des valeurs inculquées par un père qui de là-haut ne me pardonnerait aucun compromis ou compromission sur mes convictions. De ce fait, je choisis de rester dans l’opposition », a déclaré l’adjointe au maire de Dakar annonçant son divorce avec Bës Du Niak.

Ce revirement à 360 degrés de Mansour Sy Djamil, redonne tout son sens à l’adage selon lequel : « en politique, il ne faut jamais dire jamais ».

Pape Diop, Bokk guis-guis dans la grisaille politique


Il végète au bas du classement aussi bien aux locales de janvier qu’aux législatives de dimanche dernier. Élu député en 2017 sous la bannière de Wattu Sénégal, une coalition jadis drivée par le PDS, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Pape Diop, éprouve toujours des difficultés quand il part en solo. Les deux dernières joutes en sont les parfaites illustrations. Tout comme sa reconquête ratée de la ville de Dakar, son retour à l’assemblée nationale se fera au forceps.

Ceci, au moment où un de ses responsables récemment exclu du parti, Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké, investi par la coalition Wallu Sénégal, opère une razzia à Mbacké avec un score sans appel. De quoi faire pâlir ses anciens camarades de Bokk guis-guis et son ex-mentor, Pape Diop.

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