Au Niger, les partenaires s’activent pour combler le vide laissé par la France

Les partenaires internationaux renouent un à un avec les autorités militaires qui ont pris le pouvoir par un coup d’État au Niger en espérant combler le vide laissé par la France, dont les derniers soldats ont quitté leur base vendredi.
 
 
La communauté internationale, les pays occidentaux et la France en tête, avait presque unanimement condamné le coup de force du 26 juillet qui avait renversé le président élu Mohamed Bazoum.

 
Les Etats-Unis, l’Union européenne et la France avaient suspendu leur coopération militaire et leur appui budgétaire, tandis que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait imposé de lourdes sanctions économiques au pays, en attendant le rétablissement de l’ordre constitutionnel.
 
Quatre mois plus tard, le président Mohamed Bazoum est toujours séquestré au palais présidentiel. Les militaires ne se sont pas encore officiellement prononcés sur la durée de la transition, mais la Cedeao a ouvert la voie à un allègement des sanctions en le conditionnant à une « transition courte » avant un retour des civils au pouvoir.
 
Et le régime sort progressivement de l’isolement diplomatique.
 
Jeudi, le président béninois Patrice Talon a déclaré quant à lui vouloir « rétablir rapidement les relations » entre le Niger et le Bénin.
 
Lundi, l’Assemblée générale de l’ONU a donné son feu vert à la demande d’accréditation pour un ambassadeur, soumise par les généraux de Niamey.
 
– Européens divisés –
 
Après le départ de la France poussée vers la sortie, les autres pays occidentaux entendent garder un pied au Niger, notamment pour contrer l’influence russe dans la région.
 
Les Etats-Unis, qui disposent d’une base aérienne dans le nord du pays, ont été les premiers à assouplir leur position et ont annoncé mercredi être prêts à reprendre leur coopération avec le Niger, à condition que le régime militaire s’engage notamment à une transition courte.
 
Les pays européens, eux, ont commencé à se désolidariser de la France, qui a fermé son ambassade et campe toujours sur une posture de fermeté, refusant de reconnaître la légitimité des autorités militaires.
 
Le ministre allemand de la Défense en visite à Niamey, Boris Pistorius, a ainsi affirmé que l’Allemagne est « intéressée par la reprise de projets » au Niger, dans le cadre de la coopération militaire.
 
« On essaye de comprendre l’approche française après l’épisode de cet été. La France se désengage du Sahel, mais derrière, il faut qu’on puisse trouver un terrain d’entente, une approche européenne sur cette région, et non que chacun parle pour lui », estime un diplomate européen.
 
Selon un autre diplomate occidental, l’Union européenne se retrouve dans une « position intenable », avec des Etats membres peu pressés de s’accorder sur une réponse commune.
 
« Sur sept Etats membres qui étaient présents au Niger, six (la France exceptée) veulent à tout prix revenir et dandinent de la queue », face à des militaires nigériens qui « ont bien joué leur jeu », estime cette source.
 
Les autorités nigériennes ont accentué la pression sur les pays membres, en mettant fin à deux missions de sécurité et de défense de l’UE dans le pays, et abrogé une loi qui criminalisait le transport de migrants et éloignait la pression migratoire des frontières de l’espace Schengen.
 
« Il ne faut pas voir ces signes d’ouverture comme une capitulation vis-à-vis des autorités militaires. Mais il y a une sorte de pragmatisme qui s’affirme face aux principes dogmatiques de la diplomatie à l’occidentale, dans un contexte de reconfiguration des alliances stratégiques au Sahel », assure Fahiraman Rodrigue Koné, spécialiste du Sahel à l’Institut des études de sécurité (ISS).
 
« Vu la nature des tensions avec l’allié français, qui joue un rôle important dans la diplomatie européenne, la stratégie des autorités nigériennes serait de développer une coopération bilatérale avec certains acteurs européens », précise-t-il.
 
– Spectre de Moscou –
 
Ces partenaires européens se trouvent « face à un dilemme » d’après un diplomate italien: « nous avons pour responsabilité de ne pas partir, parce que le vide serait immédiatement comblé par les Russes », argue-t-il.
 
Début décembre, une délégation russe est arrivée à Niamey pour renforcer la coopération militaire. Moscou est déjà l’allié privilégié des régimes militaires au Mali et au Burkina Faso, deux pays qui ont formé une alliance avec le Niger en septembre et envisagent de créer ensemble une confédération.
 
En dehors du terrain sécuritaire, « l’allié russe ne comblerait pas tous les défis », estime toutefois Fahiraman Rodrigue Koné.
 
Une éventuelle reprise de l’apport budgétaire européen et de l’aide au développement pourrait soulager le régime de Niamey qui a annoncé une réduction de 40% de son budget national.
 
Mais le Niger peut également compter sur les dividendes d’un projet d’oléoduc entrepris en coopération avec la Chine, qui doit être inauguré en janvier et permettra au pays d’exporter pour la première fois son brut, soit environ 90.000 barils par jour, vers le Bénin.

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