Thione Seck : Couplet final d’une belle symphonie

Thione Seck : Couplet final d’une belle symphonie

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Le réveil a été brutal, ce dimanche 14 mars 2021, avec l’annonce matinale du décès de l’artiste chanteur, Thione Ballago Seck, à 66 ans et deux jours. La terrible faucheuse emporte ainsi, un pan entier de la musique sénégalaise. Plongée dans la riche carrière de lead-vocal du Raam Daan.
 
 
Dépositaire du legs de toute une lignée de griots depuis sa plus tendre enfance, Thione Ballago Seck (à l’État-civil) a cédé, à la nouvelle génération de Faramarène, le flambeau intact. Après un ménage très tumultueux avec l’école française qu’il a très tôt quitté d’ailleurs, Thione s’est inscrit dans le sillon creusé par ses aïeux depuis des lustres, pour perpétuer ce lourd héritage. Né à Gueule Tapée, au cœur du Dakar branché de 1955, le gamin qui chantonnait dans le quartier, malgré son handicap (il était bègue) devenu atout, ne s’imaginait, surement pas, une carrière aussi fulgurante.
 
Drivé par une des virtuoses de la musique tradi-moderne sénégalaise, qui deviendra plus tard le Mbalax, Laye Mboup, le jeune Ballago intègre l’orchestre du saxophoniste Bira Guèye. Puis, en 1972 (à 17 ans) le Star Band de Dakar (le même orchestre qui a accouché de Youssou Ndour, Laba Sosseh et Mar Seck), une sorte de conservatoire où il finit par imposer sa voix qui flirte avec les octaves.
 
Une expérience qui durera, hélas, le temps d’une rose puisque Thione ira rejoindre Laye Mboup en 1973 au mythique groupe de musique Afro-cubaine à la sauce sénégalaise, Orchestra Baobab et titille la crème de la musique sénégalaise de l’époque :   feu Oumar Barro Ndiaye (chef d’orchestre), Cheikh Sidath Ly (guitare basse), Ablaye Mboup dit Laye Mboup (1937-1975, chanteur), Ndiouga Dieng (chanteur) entre autres. Il y laissera sa marque avec plusieurs morceaux dans les albums : Visage du Sénégal et Une nuit au Jandeer (sorti en 1978, 3 ans après le décès de Laye Mboup). (Voir vidéo)

 
En 1980, ‘’l’oiseau’’ estime avoir durci ses ailes pour voler en solo. C’est ainsi qu’il quitte l’Orchestra Baobab en proposant son petit frère Mapenda Seck pour le remplacer. Son premier album solo, Chauffeur bi, sur la pochette duquel il pose devant un coupé sport rouge sur la corniche de Dakar, cartonne et traverse les époques. Le titre éponyme de cet opus de 7 titres, Chauffeur bi, sert de générique en 2021  (41 ans après) à la matinale de faits divers de la Rfm (radio futurs médias), Xalass animé par Mamadou Mohamed Ndiaye, Abba No Stress et Mamadou Ndoye Bane.
 
Du Mbalax exit le côté brouillon
 
Thione, longtemps influencé par ses expériences passées, décide de surfer sur la vague de la nouvelle musique sénégalaise, le Mbalax. Mais, avec ses propres codes. Il rompt avec la rythmique trop brouillonne, à son goût, de cette musique en ralentissant la cadence, la marque de fabrique de son nouveau groupe, le Raam Daan. Pour Thione le choix est justifié.
 
«Très jeune, j’ai opté pour les gammes orientales, arabes, grecques, hindoues, flamenco. Elles m’ont de tout temps fasciné et je suis capable de composer tout un morceau en gamme orientale sans l’aide de qui que ce soit. Mais pour ne pas être déraciné, je maintiens toujours le rythme de base de mon pays, le m’balax et, pour être compris du grand public, je privilégie les belles harmonies et les percussions, notamment les tambours sabars et les tablas», expliquait-il après un concert à Amsterdam le 24 juillet 1988, rapporte le média français, Libération.
 
Une position qui diffère de celle de Youssou Ndour, son rival de toujours, et qui lui a fortement porté préjudice sur la scène internationale. L’enfant de Médina, lui, a décidé de valser sur deux tempos. Une production locale, destinée à la consommation interne. Et une autre destinée au public international. Il finit ainsi de faire de l’ombre à Thione sur les deux scènes. N’empêche Ballago tient toujours son pré carré au sein duquel il écoule ses albums : Ballago (1983), Jongoma (1984), Aïda Soukeu (1985), un triple album en 1988 (Le pouvoir d’un cœur pur, numéro 10 et Dieuleul).
 
Orientissime
 
A la fin des années 90, Thione, le « Papa » de ces dames, fait fureur dans le Dakar by night avec ses fameux « Diapason » et live au kilimandjaro (une boîte de nuit). Et sa chanson Mathiou faisait danser tous les âges.
 
2005 fut un nouveau tournant pour sa carrière. Son penchant pour les mélodies orientales est matérialisé par un album produit par le label d’Ibrahima Sylla, Syllart, et supervisé par François Bréant. Un album de 12 titres avec des featuring avec la star de Bollywood, Bombay Jay dans Assalo, et avec l’égyptienne Rehab Metawi dans Woyatina. Thione reviendra en 2010 avec Diaga en hommage à sa femme, Kiné Diouf, et étale encore ses talents de parolier.
 
Depuis, Ballago avait fini de donner le témoin à son fils, Wally Seck après avoir épaulé tous ses frères qui ont suivi les traces du grand. Tout heureux, il était, de voir son fils se positionner comme une valeur sûre pour une relève réussie.
 
Déboires judiciaires
 
En mai 2015, le nom de Thione ne trône plus à la tête des ventes d’albums mais à la Une des journaux, empêtré dans une affaire de faux-billets pour laquelle il a été en détention pendant neuf mois. Il a été condamné en appel à 3 ans de prison dont huit mois ferme. Ce, avant que la Cour Suprême ne le blanchisse en début mars 2021, informe son avocat Me Ousmane Sèye. L’artiste décédé, ce dimanche 14 mars 2021, deux jours après son 66e anniversaire (12 mars 1955), part aussi blanc que son linceul puisque, indique son avocat, la Cour Suprême a annulé toute la procédure à son encontre.

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