Mburu, la boulangerie communautaire « made in Sénégal »

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Mburu, la boulangerie communautaire « made in Sénégal »
Lauréate du programme French-African Young Leaders, la Sénégalaise Isseu Diop-Sakho fait partie des 50 femmes distinguées à travers le continent pour l’impact social et économique de leur initiative entrepreneuriale. Une nouvelle consécration pour la créatrice de Mburu, la boulangerie qui valorise les céréales locales et oeuvre pour l’autonomisation économique des femmes.

La success story continue pour Mburu. Depuis sa création il y a deux ans, la start-up a déjà remporté le prix Solution innovante pour l’autonomisation des femmes (PNUD) et le prix Sonatel de l’entrepreneuriat numérique féminin en 2019, ainsi que le Grand prix du chef de l’État (UEMOA) en 2020. Au printemps dernier, elle a bénéficié d’un investissement de 243M de FCFA de WIC Capital et We! Fund, avant d’être promue au rang de Young Leader cet été.

Alors que ce programme s’attache à valoriser les profils féminins, traditionnellement moins nombreux, celui d’Isseu Diop-Sakho retient l’attention pour son impact social, contribuant à formaliser la boulangerie, une activité traditionnellement informelle. Pour ce faire, cette ancienne analyste financière a misé sur l’intégration des céréales locales – essentiellement le mil, le maïs et le sorgho – au pain, aux pâtisseries et aux viennoiseries, en substitution du blé importé. Une démarche pragmatique au vu du goût de ses compatriotes pour le pain, de la valeur nutritive des céréales locales et de l’insuffisante valorisation des céréales locales.

Système intégré et évolutif

L’initiative de cette gourmande est sous-tendue par une ambition : mettre en place un système formel valorisant le produit phare que représente le pain via une boulangerie communautaire permettant de se structurer et de se développer en réseau. Après cinq ans de gestation, ce système intégré et évolutif a démarré avec l’ouverture d’une boulangerie dans la localité de Ngaparou (région de Thiès), complétée par une dizaine de points de vente disséminés à travers le pays. Le tout fonctionne grâce à la numérisation de l’ensemble des process, de la chaîne de production à la commercialisation. Face à la difficulté de pouvoir garantir la même qualité de matières premières tout au long de l’année, l’entreprise a contractualisé avec différents fournisseurs à travers le pays, ce qui permet de lisser la ligne de production tout en stockant les différentes farines et produits. À la clé, quelque 1500 produits vendus quotidiennement.

Modèle économique innovant

La jeune entreprise, qui met l’accent sur l’autonomisation économique des femmes, a développé un réseau de distribution s’appuyant sur des groupements féminins en milieu rural. Au total, pas moins d’une soixantaine de femmes de 18 à 60 ans, les « linguères de Mburu », assurent la production, la transformation et la commercialisation de ces produits dans des petits points de vente à travers le pays. Cette vision intégrée permet de structurer une chaîne de valeur assurant des débouchés aux producteurs de céréales et des revenus aux femmes mobilisées, la numérisation des process permettant d’intégrer des femmes illettrées dans le réseau.

Initialement motivé par l’amour du pain, le déploiement de ce modèle économique innovant résulte aussi de recherches sur le développement économique et les spécificités entrepreneuriales africaines. « Cela m’a amenée à réfléchir à un système économique qui puisse être plus pérenne en capitalisant sur nos spécificités pour mieux se développer. J’ai euenvie de basculer de la théorie à la pratique », souligne la jeune entrepreneuse. Avec un triple enjeu : l’autonomisation des femmes, la valorisation des céréales africaines et le développement économique local. De fait, au-delà de l’activité et des revenus générés, le
modèle économique de Mburu comprend un mécanisme de ristourne cumulatif pour les femmes du réseau, avec des fonds destinés à être réinvestis dans les activités économiques du groupement. Alors que Mburu ne cesse d’élargir la gamme des produits proposés (sans gluten, sans sel etc.), Isseu Diop Sakho s’est fixé comme prochain objectif d’étendre son activité à Dakar.

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