Guerre maritime de l’ombre entre Israël et l’Iran

Guerre maritime de l’ombre entre Israël et l’Iran

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Israël et l’Iran se livrent à une bataille navale de moins en moins discrète en Méditerranée, en mer Rouge et dans le Golfe. Téhéran a accusé ce week-end son rival d’avoir endommagé dans une « attaque terroriste » l’un de ses cargos, l’Iran Shahr-e-Kord, provoquant un incendie à bord. Le Wall Street Journal a, pour sa part, révélé sur la base de témoignages de responsables américains anonymes qu’au moins une dizaine de navires iraniens ont été ciblés par Israël au cours des deux dernières années.

La guerre maritime est clandestine. Lors d’un épisode rendu public le mois dernier, des agents israéliens présumés auraient fixé une charge contre un cargo iranien alors qu’il mouillait près du Liban. Et au début du mois, un bâtiment propriété du riche homme d’affaires israélien Rami Ongar, un proche de Yossi Cohen, le chef du Mossad, a été perforé dans le golfe d’Oman par une explosion. Il aurait été touché par une mine ventouse. Un procédé utilisé par les nageurs de combat des deux camps. Ces engins dits à patelle sont fixés incognito à la coque dans un port et explosent plus tard en mer, trouant les flancs des navires.

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Téhéran prétend que son bateau, victime d’un acte de « piraterie », se dirigeait vers l’Europe. L’Iran Shahr-e-Kord appartient à IRISL, une compagnie placée sur la liste noire de Washington qui l’accuse de transporter du matériel lié au programme nucléaire et des missiles balistiques iraniens.

Perturber les livraisons de pétrole

Selon le WSJ, les navires dans le collimateur israélien sont souvent des pétroliers livrant en Syrie leur marchandise en contrebande et parfois des armes. Les tankers sont frappés partiellement pour limiter les risques de pollution marine. D’après les spécialistes israéliens du renseignement militaire, les attaques ont pour but de perturber l’approvisionnement en pétrole de la Syrie et barrer le projet de l’Iran d’utiliser le fruit des transactions pour financer le Hezbollah. Téhéran poursuit ce commerce en expédiant des millions de barils en dépit des sanctions américaines contre l’Iran et de l’embargo international contre la Syrie. Les cargaisons de brut sont contrôlées par des responsables du Corps des gardiens de la révolution. Les pétroliers peuvent transporter des centaines de millions de dollars d’or noir. Les expéditeurs déclarent souvent de fausses destinations, utilisent de vieux pétroliers rouillés pour éviter d’être remarqués et n’hésiteraient pas à transférer le pétrole d’un navire à l’autre en haute mer pour brouiller les pistes.

L’État hébreu se refuse à commenter ces affaires alors qu’il reconnaît ses nombreuses frappes aériennes en Syrie contre l’Iran et son allié libanais du Hezbollah. Le pays a intérêt de bénéficier de voies maritimes sûres : la quasi-totalité des marchandises qu’il importe arrivent par mer.

Les révélations du Wall Street Journal interviennent dans un contexte d’escalade israélo-iranienne tandis que l’administration Biden cherche sa posture dans le rapport de force avec l’Iran. Elle souhaite revenir à l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien, mais chaque partie exige des concessions.

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