Élections législatives 2022 : La victoire de la démocratie [ PAR Pape KHOUMA]

On a tout entendu sur le peuple sénégalais, on a prétendu que la vitrine démocratique du Sénégal s’est craquelée, que les Sénégalais sont trop fatalistes pour accomplir les grandes Révolutions, qu’il y a plus de fanatiques religieux que de citoyens conscients des enjeux de leur pays… Pourtant le peuple sénégalais n’a jamais été aussi déterminé pour conserver sa liberté et préserver sa démocratie. Ce qui vient de se passer ce 31 juillet 2022 montre que les deux alternances pacifiques qui ont eu lieu dans notre pays n’étaient pas des accidents, qu’elles étaient plutôt l’expression d’une option démocratique irréversible. La plupart du temps se sont les élites qui, par manque de patience ou par ignorance, sont derrières ces jugements de valeur. A chaque grand rendez-vous politique, les électeurs sénégalais prouvent aux élites que leur pessimisme n’est que la traduction de leur défaut d’ancrage dans la sociologie profonde de notre pays. Aimer son peuple est bien, mais le connaître c’est encore mieux. Or c’est par méconnaissance que certaines élites (notamment les politiques et quelques intellectuels) s’empressent de faire des récriminations au peuple quand leur agenda politique bat de l’aile ou manque de répondant.

Ces élections du 31 juillet 2022 constituent un tournant décisif dans le processus d’affinement et de consolidation de la démocratie du Sénégal sous Macky SALL. De nouvelles pistes démocratiques sont en train d’être expérimentées par le peuple, même si les élites semblent ne pas le comprendre. En plein hivernage et après des conflits préélectoraux très aigus, le peuple a quand même réussi le pari de l’expression du suffrage universel. On a beau disserter sur le taux de participation en deçà de 50% (ce qui n’est d’ailleurs pas une anomalie) mais le plus important, c’était de permettre l’expression de la volonté générale. Le peuple s’est exprimé et il est important de tenter de décoder le message qui se cache derrière sa voix cryptée par des résultats étriqués, jamais connus dans notre pays. Mais auparavant il faut saluer le travail expert, républicain et efficient de l’Administration territoriale et de la magistrature mais surtout la posture d’un Président démocrate.

Une administration républicaine.

Un Etat, c’est d’abord des institutions parmi lesquelles l’Administration et principalement (surtout pour des pays comme le nôtre) celle territoriale qui est la cheville ouvrière des élections. Dans le Sénégal des profondeurs, l’organisation des élections est d’une complexité telle que la moindre négligence peut fausser l’esprit du vote. Dans certaines zones, il faut beaucoup de ressources mentales et morales pour maintenir la démocratie dans sa forme générale. Dans la campagne où les activités agricoles battent le plein on craignait un désintérêt des populations à ces élections, mais elles ont bravé la pluie pour s’acquitter de leur devoir civique. La communication (au sens large du terme) de l’administration territoriale est d’une importance capitale dans la gestion de ces épisodes de la vie politique.

 Dans les grands centres urbains aussi l’organisation de l’élection du 31 juillet a été satisfaisante.

On fait beaucoup de tort à l’administration territoriale : à chaque joute électorale l’opposition l’accuse d’être trop soumise au ministère de l’intérieur et par conséquent incapable d’avoir une posture neutre.

 Il est peut-être venu le moment de comprendre que l’administration territoriale est constituée d’une diversité de profils, d’agents qui ont un sens élevé de leurs responsabilités vis-à-vis de l’Etat et des citoyens. L’administration est une mécanique et elle bien rodée dans notre pays : c’est très rare qu’elle soit directement mise en cause dans les couacs qui rythment le processus politique. Nous ne devons jamais oublier qu’il s’agit de commis de l’Etat, de techniciens de l’Etat de droit : ils ne sauraient donc être suspectés de parti pris pour un régime particulier. La crédibilité de notre administration territoriale est donc l’un des grands enseignements qu’il faut tirer des élections du 31 juillet 2022.

Une justice indépendante.

Dans le registre on a des raisons d’être fier de notre magistrature malgré les procès d’intention et les préjugés sur l’indépendance de nos juges. C’est vrai qu’il n’y a pas de justice parfaite et que les magistrats ne sont pas tous faits de la même étoffe de qualité, mais d’une façon générale la magistrature sénégalaise n’a pas encore falsifié ou détourné la volonté populaire à l’occasion d’un vote. Certes certaines décisions sont controversées ou incomprises, mais c’est le propre même d’une démocratie d’être le théâtre de telles joutes concernant les verdicts rendus par le juge électoral. Une justice rendue par des hommes et au nom des hommes est forcément sujette à polémiques eu égard à la nature courbe de l’humain. Mais il est peut-être temps de se demander si les récriminations faites aux juges sont toujours fondées. Et si la nature controversée des décisions qu’ils rendent était davantage liée à l’imprécision ou à l’imperfection des lois qu’à leur faillite morale personnelle ?

Rousseau a dit qu’il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes : ça doit être certainement vrai si l’on tient compte de deux paramètres. Le premier est la rédaction de la loi confiée à des hommes de science, mais dont la science elle-même est très approximative. La seconde est liée à la nature de l’homme : il est tellement ingénieux qu’il cherche toujours à passer entre les mailles du filet. Si l’interprétation de la loi fondamentale qui est censée être la voix du peuple est elle-même sujette à controverse, comment les verdicts rendus par quelques individus pourraient-ils à proprement parler faire l’unanimité ? Il est donc peut-être temps de rendre justice à la justice en intégrant un fait constant : jamais un blocage du processus électoral n’a été imputé à cette justice dont la technicité ne fait l’ombre d’un doute.

La plupart du temps les hommes politiques projettent leurs propres démons sur la justice quand ils ne réussissent à solder leurs conflits par le dialogue démocratique. Le pouvoir en Afrique a tendance à proposer des lois à même de le protéger et de le pérenniser, de son côté l’opposition inapte à faire barrage à ces lois se projette sur la justice pour qu’elle soit le prolongement de son propre combat. C’est dire qu’il n’est pas aisé d’être un juge électoral entre le feu du pouvoir et l’enclume de l’opposition : tout le monde cherche à l’influencer. Or on oublie que le travail du juge électoral est très compliqué, car il s’agit à la fois de dire le droit (interpréter et appliquer la loi électorale dans le respect de la Constitution) et de permettre à la machine démocratique de tourner à plein régime. C’est sous ce rapport que la magistrature sénégalaise est sans aucun doute un rouage essentiel de notre système politique.  L’histoire leur a apparemment donné raison malgré toutes les suspicions que leurs décisions ont suscitées de part et d’autre. Si l’essentiel est l’expression du suffrage universel pourquoi devrait-on l’hypothéquer pour satisfaire les désidératas des individus ?

Si la Communauté internationale a unanimement salué la transparence et la crédibilité du vote, c’est parce que le génie politique sénégalais permet toujours de trouver une issue pacifique aux crises électorales que les météos alarmistes annoncent comme apocalyptiques. En interprétant les lois de sortes que les décisions rendues ne trahissent ni l’esprit de la loi ni l’idéal démocratique, le juge électoral sénégalais montre qu’il est lui-même le reflet d’un peuple dont l’attachement à la paix et à la démocratie n’est pas négociable et ce, quels que soient les enjeux. Malgré les menaces, malgré la vindicte populaire entretenue par l’opposition radicale sénégalaise, les juges électoraux n’ont jamais fléchi ni même perdu leur sérénité. Comme un pilote en pleine tempête au milieu des vagues agitées, l’attitude du juge sénégalais est source de quiétude : victimes de toute sorte d’accusations et d’insultes, ils n’ont ni démissionné ni tenter la moindre polémique.

Macky SALL, le démocrate.

La démocratie sénégalaise avec le Président Macky SALL, contrairement aux prédictions alarmistes, n’est pas décadente, mais sa maturité lui permet de résister aux multiples soubresauts qui caractérisent d’ailleurs toute démocratie. A Athènes déjà les partis politiques étaient parfois dans des luttes tellement acharnées que des guerres civiles s’en suivirent. Nous avons aujourd’hui l’exemple de la démocratie américaine en 2000 et en 2021 nous a offert un spectacle pire que ce qu’on voit dans beaucoup de pays du Sud. Ceux qui se rappellent la façon dont le différend électoral entre Bush et Al Gore a été vidé savent que la démocratie sénégalaise est aujourd’hui mature. Chaque système démocratique avec sa spécificité liée à la culture politique et à la sociologie du pays. Il serait difficile d’expliquer à un sénégalais comment, malgré son avance de 500.000 voix des suffrages populaires, Al Gore a mordu la poussière face à Bush à cause de la spécificité du corps des grands électeurs et de la contestation des résultats de la Floride. Ceux qui sont témoins de cet épisode (un mois sans résultats définitifs) pourront prendre avec beaucoup de philosophie la polémique née des résultats obtenus par la coalition BBY dans le Nord du pays.

Le paradoxe de la démocratie, c’est que tout le monde crie à la triche, le simple fait de mettre la pression sur les institutions chargées d’organiser les élections et d’accuser les autres de fraudes sans preuves est une forme de tricherie. Mais une analyse lucide et sans passion des résultats permets d’être à la fois fier et optimiste sur la santé de notre démocratie. S’il n’y a pas de modèle démocratique parfait, il y a des exemples qui servent de comparants et c’est pourquoi les résultats qui sont sortis des urnes ce 31 juillet prouvent que la démocratie sénégalaise n’a rien à envier à celles qui sont souvent citées en exemple.

Il faut constater d’abord que pour la première fois dans l’histoire un président en exercice perd la majorité absolue dans des élections qu’il a organisées. Si n’est pas une preuve d’une machine électorale et démocratique huilée que faut-il d’autre pour en convaincre ? Quoiqu’on dise, quoiqu’on pense le jeu démocratique s’est correctement déroulé même si en amont la question du parrainage et celle de la parité ont posé problème. Il sera désormais difficile à ceux qui taxent le Président de dictateur d’expliquer comment un dictateur peut perdre des élections qu’il a lui-même organisée ? Le peuple Sénégalais vient de s’exprimer, mais comme d’habitude presque personne n’a tenté jusqu’ici décoder le sens profond d’un vote aussi bigarré. Au-delà de l’apparence de scission du corps électoral en fonction des communautés et des zones, il y a une sorte de lettre ouverte que le peuple a adressée à la classe politique.

Le camp du pouvoir a été rappelé à l’ordre car le fait de ne pas disposer de la majorité absolue malgré son bilan matériel élogieux. Le peuple a souverainement décidé de lui retirer une partie de sa capacité à légiférer à sa guise. Il y a un souci d’équilibre que le peuple a exprimé clairement et ce serait suicidaire pour toutes les parties prenantes de pas l’entendre. Du côté de l’opposition également on jubile, mais elle doit décrypter le message que le peuple lui a envoyé. D’abord les prétentions hégémoniques des uns et des autres ont été clairement rejetées par les suffrages des Sénégalais.

Ensuite les autres coalitions qui étaient sous-estimées, chahutées et vouées aux gémonies sont les vrais arbitres du jeu politiques. Les trois députés issus de trois coalitions vont lourdement peser sur la balance du jeu politique d’ici à 2024. Quelle ironie !

Depuis l’arrivée du Président Macky SALL au pouvoir, le Sénégal a souverainement choisi d’engager des réformes profondes et volontaristes qui répondent aux aspirations et aux attentes des citoyens.

Ce processus innovant et inclusif, couronné par l’adoption, en 2016, d’une nouvelle Constitution, a permis de consolider la démocratie sénégalaise en tant que choix irréversible.

Quel est donc la responsabilité du Chef de l’Etat, le Président Macky SALL dans tous ce processus ? Cette question prend d’autant plus de reliefs que le Président SALL dans sa posture d’arbitre et clé de voute des institutions a fait preuve jusqu’ici d’une attitude hautement républicaine face aux décisions de l’administration territoriale et des juridictions qu’elles soient favorables ou défavorables à sa majorité. Le pouvoir judiciaire et celui législatif qui sont souvent suspectés de connivence ou d’inféodation vis-à-vis de l’exécutif, ont du point de vue institutionnel et juridique tout ce qu’il faut pour exercer leur indépendance, gage de l’équilibre des pouvoirs. Si dans l’opposition, on se permet sans aucune gêne de toujours vilipender les juridictions toutes les fois qu’elles prononcent un verdict qui n’est pas favorable à ses intérêts, on fragilise l’institution judiciaire. « Une République est très difficile à gouverner, lorsque chacun envie ou méprise l’autorité qu’il n’exerce pas », disait très justement Saint-Just.

 

                                                                         Pape KHOUMA

                                           Conseiller spécial/Présidence de la République

 

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