Crise arachidière dans le Saloum : la colère paysanne met en cause la gouvernance de Ousmane Sonko

À mesure que s’approche le face-à-face entre le Premier ministre et les députés à l’Assemblée nationale, la tension monte dans le bassin arachidier du Saloum. Cette fois, les producteurs ne dénoncent plus seulement des retards administratifs ou des difficultés logistiques : ils mettent directement en cause la capacité du gouvernement dirigé par Ousmane Sonko à répondre à l’urgence du monde rural, accusant une gouvernance déconnectée des réalités agricoles.
Réunis autour de la plateforme Aar Sunu Momel, les paysans estiment que la crise actuelle dépasse une simple campagne agricole mal organisée. Pour eux, elle révèle une incapacité structurelle à anticiper et à gérer une filière pourtant vitale pour l’économie nationale.
Des promesses devenues symbole d’impuissance politique
Lors de sa visite à Ndiaffate, le 5 janvier 2026, le Premier ministre avait annoncé des mesures ambitieuses : l’écoulement de 450 000 tonnes d’arachides et une enveloppe de 175 milliards de francs CFA destinée à soutenir la filière. Plus d’un mois après, sur le terrain, les producteurs affirment ne voir aucun changement tangible.
Stocks invendus, points de collecte insuffisants, lenteur des opérations commerciales : autant de difficultés qui alimentent un sentiment d’abandon dans les zones rurales. Pour les agriculteurs, ces annonces non suivies d’effets traduisent une gouvernance basée davantage sur la communication politique que sur l’action concrète.
« Les décisions existent dans les discours, mais pas dans les champs », résume un responsable paysan, dénonçant ce qu’il considère comme une absence de pilotage efficace de la campagne arachidière.
Une crise agricole qui se transforme en crise sociale
Au-delà de la commercialisation, les conséquences deviennent sociales et alimentaires. Dans plusieurs localités du Saloum, les revenus agricoles bloqués empêchent les familles de subvenir correctement à leurs besoins, alimentant un climat d’inquiétude grandissant.
Les producteurs parlent désormais ouvertement d’un risque de précarité accrue, voire de famine locale si la situation perdure. Selon eux, l’État n’a pas su mettre en place les mécanismes d’urgence nécessaires pour sécuriser les revenus des paysans, malgré les alertes répétées.
Cette situation ravive une critique récurrente : la faiblesse des politiques publiques en faveur du monde rural, souvent mobilisé politiquement mais rarement accompagné durablement après les périodes électorales.
L’Assemblée nationale face à un test de vérité
La rencontre parlementaire prévue ce 24 février apparaît ainsi comme un moment décisif. Pour les producteurs, il ne s’agit plus d’entendre de nouvelles promesses, mais d’obtenir des mesures immédiates : financement effectif de la campagne, organisation réelle des circuits de collecte et régulation stricte du marché.
Dans le Saloum, beaucoup redoutent que cette séance ne se transforme en exercice politique sans impact concret. « Le monde rural n’a plus besoin de déclarations, mais de résultats », martèlent les membres d’Aar Sunu Momel.
Une crédibilité gouvernementale en jeu
Au-delà de la filière arachidière, cette crise pose la question plus large de la capacité du gouvernement à répondre aux urgences économiques hors des centres urbains. Pour de nombreux observateurs, l’échec de la campagne arachidière pourrait devenir un indicateur majeur de la performance — ou des limites — de la gouvernance actuelle.
Dans un pays où l’agriculture reste un pilier de la stabilité sociale, l’impatience grandit. Et dans les champs du Saloum, le verdict semble déjà tomber : sans actions rapides et visibles, la fracture entre pouvoir politique et monde rural risque de se creuser davantage.

Senpresse.net

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