Alger durcit le ton contre Bamako
Lors d’un entretien avec la presse algérienne dimanche 31 juillet, le président Abdelmadjid Tebboune a appelé les autorités maliennes de transition à « donner la parole au peuple », « aller vers des élections dans les meilleurs délais » et appliquer l’accord de paix de 2015.
« Donner la parole au peuple », « aller vers des élections » « dans les meilleurs délais ». Dans son entretien avec la presse malienne dimanche 31 juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’est adressé aux autorités maliennes de transition. Sa demande n’est en soi pas surprenante – le retour à l’ordre constitutionnel est une exigence de tous les partenaires internationaux du Mali et une ambition affichée par les autorités maliennes de transition elles-mêmes –, mais cette sortie étonne pour deux raisons.
D’abord parce qu’elle sous-entend que ces élections ne seraient pas acquises, ce qui s’apparente à une attaque contre les dirigeants maliens actuels. Ensuite parce que les tensions sur le sujet s’étaient apaisées depuis l’accord trouvé au début du mois dernier entre Bamako et la Cédéao, qui a permis une levée de la majeure partie des sanctions économiques qui frappaient le Mali. Les propos d’Abdelmadjid Tebboune arrivent donc comme à contre-courant.
Par ailleurs, le président algérien demande à Bamako de ne pas laisser mourir l’accord de paix de 2015. « Tant que l’accord ne sera pas appliqué, les problèmes au Mali persisteront », juge Abdelmadjid Tebboune. L’Algérie avait parrainé cet accord conclu à Bamako il y a sept ans entre le gouvernement malien et les groupes armés du Nord, dont les ex-rebelles indépendantistes aujourd’hui regroupés au sein de la CMA. Ces derniers dénoncent eux-mêmes « l’abandon » par les autorités maliennes de transition de la mise en œuvre de l’accord.
Le comité de suivi de l’accord ne s’est plus réuni depuis octobre dernier, mais après des mois d’attente, le gouvernement et les groupes signataires ont débuté ce lundi 1er août des travaux qui doivent durer jusqu’à la fin de la semaine pour, justement, permettre de relancer l’application de l’accord de paix.
Pourquoi cette sortie du président algérien sur la nécessité d’organiser des élections rapidement au Mali, pourquoi aujourd’hui ? Entretien avec Adib Bencherif, professeur adjoint à l’École de politique appliquée de Sherbrooke, au Canada, et chercheur associé au Groupe de recherches sur le Sahel de l’université de Floride
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