Afrique subsaharienne : ses forêts brûlent aussi

Afrique subsaharienne : ses forêts brûlent aussi

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Comme celles d’Amazonie, les forêts africaines ont été victimes d’importants incendies. De quoi illustrer l’acuité de la bataille contre les gaz à effet de serre qui, loin d’être gagnée, est peut-être en train d’être perdue.

Le monde entier a constaté, catastrophé, les incendies qui ont ravagé l’Amazonie en cette fin de mois d’août. Et l’écho qu’en a donné la tenue à Biarritz du sommet du G7 en a été amplifié par les déclarations du président Macron sur les « mensonges » du président Bolsonaro quant au respect du volet Environnement et Climat de l’accord entre l’Europe et le Mercosur. Un vrai moment de tragédie écologique qui a donné lieu au déblocage d’urgence par les pays du G7 de 20 millions de dollars pour envoyer des avions bombardiers d’eau lutter contre les incendies de forêt en Amérique du Sud.

Les faits ont été suffisamment marquants pour que des internautes se branchent sur les images des satellites de surveillance de feux de forêt et découvrent alors que d’importants foyers consommaient avec gourmandise des forêts et brousses d’Afrique subsaharienne. Et de s’offusquer que le traitement médiatique soit différent alors que les cartes produites par le service européen d’études de l’environnement Copernicus, à travers son Atmosphere Monitoring Service, révélaient que l’Afrique subsaharienne était la zone qui concentrait le plus de combustion de biomasse dans le monde. Cela n’a pas échappé au G7 de Biarritz d’où le président français a matérialisé son inquiétude en indiquant que « la forêt brûle également en Afrique subsaharienne ». Et d’ajouter dans un tweet : « Nous sommes en train d’examiner la possibilité d’y lancer une initiative similaire à celle que nous venons d’annoncer pour l’Amazonie. »

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Comment a-t-on pu arriver à ce constat que la végétation africaine aussi était en feu ?

Selon La Voix du Nord, s’appuyant sur les observations du service de surveillance et d’évaluation de la qualité de l’air de La Réunion, Atmo Réunion, des masses d’air chargées de polluants gazeux sont fortement impactées par des feux issus de végétation, des feux de biomasse en provenance d’Afrique. Il se trouve que ces feux sont allumés tous les ans durant l’hiver austral, du 21 juin au 21 septembre, sur le continent africain. C’est une habitude prise en Afrique que de pratiquer la culture sur brûlis, une pratique millénaire et artisanale, aux antipodes des cultures intensives de soja au Brésil, qui est la première cause de la déforestation de l’Afrique. En RDC par exemple où seulement 9 % de la population a accès à l’électricité, les communautés villageoises n’ont que le bois pour faire bouillir la marmite. « Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100 », s’est d’ailleurs inquiété la semaine dernière le président congolais, Félix Tshisekedi.

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Un environnement dense et propice pour des incendies provoqués

Qu’en est-il vraiment ? Vues d’en haut, les forêts du bassin du Congo s’étendent à l’infini. Denses, profondes, et apparemment impénétrables, les forêts de l’Afrique centrale s’étendent sur plus de 200 millions d’hectares. C’est le « deuxième poumon forestier » de la planète, après l’Amazonie. Et pourtant, abondamment relayée, une carte satellitaire de la Nasa a montré en rouge incandescent la zone des départs de feu qui ont pris le cœur du continent en écharpe, du Gabon à l’Angola, de l’Atlantique à l’océan Indien. Entre jeudi 22 et vendredi 23 août, près de 7 000 feux ont été détectés rien que dans les forêts du Congo, contre 2 000 au Brésil pour la même période, selon les chiffres de Weather Source compilés par Bloomberg. Pour info, les incendies africains représenteraient 25 % à 35 % des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, selon une note de l’Agence spatiale européenne (ESA).

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Quelle est l’origine des incendies de forêt en Afrique centrale  ?

Tout comme en Amazonie, les forêts du bassin du Congo absorbent des tonnes de dioxyde de carbone (CO2) dans les arbres et les marais de tourbe – considérées par les experts comme un moyen essentiel de lutter contre le changement climatique. Ils sont également des sanctuaires pour les espèces en voie de disparition.

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Prudence cependant. Les feux observés en Afrique sur les cartes de la Nasa « ne sont pas dans cette zone (de forêt), mais plutôt en Angola, en Zambie, etc. », relève Guillaume Lescuyer, spécialiste de l’Afrique centrale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) cité par l’AFP.

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Les explications remontent du terrain

Dans un communiqué, l’Angola s’est agacé des comparaisons hâtives avec le Brésil, « qui peuvent conduire à une dramatisation de la situation, et une désinformation des esprits les plus imprudents ». Ces feux sont ordinaires en cette fin de saison sèche, ajoute le ministère angolais de l’Environnement : « Il se trouve que, à cette époque de l’année, dans plusieurs régions de notre pays, il y a des incendies provoqués par les agriculteurs en phase de préparation des terres, en raison de la proximité de la saison des pluies. » « La forêt brûle en Afrique, mais pas pour les mêmes causes », détaille à l’AFP Tosi Mpanu Mpanu, ambassadeur et négociateur climat pour la RDC aux conférences climat des Nations unies. « En Amazonie, la forêt brûle essentiellement à cause de la sécheresse et du changement climatique. Mais en Afrique centrale, c’est essentiellement dû aux techniques agricoles », poursuit-il.

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En quoi consiste la culture sur brûlis  ?

Pratique millénaire et artisanale, aux antipodes des cultures intensives de soja au Brésil, l’agriculture itinérante sur brûlis est la première cause de la déforestation. En RDC, où seulement 9 % de la population a accès à l’électricité, les communautés villageoises n’ont que le bois pour faire bouillir la marmite. « Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100 », s’est inquiété la semaine dernière le président congolais, Félix Tshisekedi.

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La déforestation avance très vite

Aux risques d’incendie s’ajoutent la déforestation qui menace les essences (Okoumé du Gabon, Afrormosia de la RDC…) et l’exploitation des ressources naturelles (pétrole et mines). La déforestation s’accélère notamment par l’exportation – souvent illégale – du bois tropical, la pratique de la culture itinérante sur brûlis et le recours massif au bois et au charbon de bois pour la production d’énergie et la cuisine. « On estime que le couvert forestier de la RDC est passé de 67 % à 54 % du territoire entre 2003 et 2018. La déforestation est réelle », reprend M. Mpanu Mpanu, « monsieur » climat de la RDC aux réunions annuelles des COP. « La RDC a pris un engagement international de stabiliser son couvert forestier à 63,5 % de son territoire (2,3 millions de kilomètres carrés au total). Et l’on est en train de perdre ce combat-là », regrette-t-il.

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Les pays ont mis en œuvre des politiques de préservations de l’environnement. Le Gabon affirme que ses 13 parcs nationaux préservent 11 % de son territoire. La RDC a officiellement décrété un moratoire sur l’octroi de nouvelles concessions forestières aux industriels du bois. « Mais le code forestier permet la coupe artisanale. Il y a beaucoup d’opérateurs, les Chinois pour ne pas les citer, qui donnent de l’argent pour pouvoir utiliser le permis de coupe des communautés villageoises », déplore M. Mpanu Mpanu. « Nous devons protéger ces forêts qui sont encore largement intactes, et arrêter la dégradation de la forêt équatoriale pour des raisons industrielles ou démographiques », résume le chargé des campagnes de Greenpeace en Afrique centrale, Philippe Verbelen.

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La solution de Greenpeace

Comment faut-il alors s’y prendre ? Greenpeace a demandé ce mardi des mesures contre les incendies qui menacent notamment les forêts du bassin du Congo, « l’autre poumon vert mondial après l’Amazonie », selon l’ONG de protection de l’environnement. « À long terme, les gouvernements doivent mettre fin à toutes les activités industrielles à l’intérieur de la deuxième forêt humide tropicale au monde », écrit ainsi Greenpeace dans un communiqué daté de Kinshasa avant d’indiquer que « depuis le 21 août, plus de 6 902 feux en Angola et 3 395 feux en République démocratique du Congo ont été documentés », reconnaissant que ces feux touchent surtout « la savane » et non la forêt. Pour conforter sa vision, Greenpeace avait demandé, dès juillet, « l’annulation de tous les blocs pétroliers dans la forêt humide de la République du Congo » réagissant aux affirmations du président Denis Sassou Nguesso selon lesquelles le gisement découvert dans la région de la Cuvette (Nord) est situé à la périphérie des zones humides abritant les tourbières. « En fait, comme le montrent nos cartes, 64 % de la surface du bloc pétrolier Ngoki concerne des tourbières. Cela rend vides les déclarations suivantes de M. Sassou sur l’engagement environnemental de son régime », a commenté Greenpeace Afrique dans une déclaration à l’AFP. Les tourbières des forêts humides du bassin du Congo stockent 30,6 milliards de tonnes de carbone, soit trois fois la production mondiale annuelle de CO2, affirme Greenpeace, en s’appuyant sur des recherches de l’université de Leeds. On le voit. La bataille pour préserver le « deuxième poumon vert du monde » ne fait que commencer.

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